John Paul Ricco

“Edging, Drawing: Queer Spatial Praxis of the Common” [ENG]

(« Bordure, dessin : La praxis spatiale queer du commun »)

 

Résumé: Les corps sont des extrémités exorbitantes, et ne sont pas des entités « incarnées », encloses et discrètes. Ceci n’est qu’une des raisons pour lesquelles nous ne parlons pas d’un corps ayant un centre ou des marges. Ontologiquement parlant, toute chose matérielle-physique qui est ouverte et toujours au-delà de ses limites, est un corps. Ainsi, non seulement y a-t-il des corps inorganiques et non humains, tout comme il y a des corps humains, mais la question des corps et de comment ils en viennent à la matière et la signification, se passe dans ces zones indéterminées et indécidables où il est souvent impossible de savoir où un corps commence et où l’autre se termine. Edge (bordure) est le nom que nous pourrions donner à cet espace partagé, là où les corps participent à un sens de l’intimité de l’extérieur. Dans ma présentation, j’étudierai les œuvres de trois artistes contemporains : Francisco-Fernando Granados, Shaan Syed, et Sarah Kabot, chez lesquels une praxis performative du dessin retrace la ligne non-médiatrice de la bordure comme l’espace-temps du commun – son temps, sa tension, son extension. Dans l’exécution publique du tracé répétitif d’un profil (Granados), ou du portrait d’un amant perdu affiché dans les rues de la ville (Syed), ou lors de laquelle toutes les lignes dans une toilette publique sont décalées d’un demi-pouce (Kabot), ces œuvres à la lisière de la performance ouvrent des espaces autour des corps, des lieux et des choses. Des espaces qui sont virtuels plutôt que possibles, inopérants plutôt que productifs, anonymes plutôt qu’identitaires. Zones indéterminées mais jamais vides, ces bordures sont là où l’apparition et la disparition, le devenir et le malséant persistent comme les infinis incommensurables qu’ils sont. Le sens et l’expérience (aisthesis) du commun résident dans les plaisirs et les risques de nos affinités avec ces bordures.

 

Bio: Le travail de John Paul Ricco sur l’éthique et l’esthétique socio-sexuelles se place à la croisée de l’histoire de l’art, de la philosophie continentale, de la théorie queer et de l’architecture. Il est l’auteur de The Logic of the Lure (University of Chicago Press, 2003) – la première monographie publiée en théorie de l’histoire de l’art queer, et The Decision Between Us: Art & Ethics in the Time of Scenes (Chicago, 2014). Il termine actuellement un troisième livre de cette trilogie sur « l’intimité de l’extérieur », intitulée The Outside Not Beyond: Pornographic Faith and the Economy of the Eve. Ricco est professeur agrégé d’art contemporain, de théorie des médias et de la culture dans le département d’Études visuelles, et professeur d’études supérieures au Centre de littérature comparée de l’Université de Toronto. En 2015-16, il sera chercheur invité au Jackman Humanities Institute de l’Université de Toronto, où il poursuivra un projet de recherche sur « L’au-delà collectif des choses. »